Comptes-rendus des sorties Historique

Compte-rendu de la Lyon Mont Blanc 2009

Journal de bord de la 2ème journée (suite et fin).

                Soleil caché,  cimes embrumées, Eole toujours exité   …

 

                5 heure…, la chambrée se réveille.  Musculairement endolori dans mon lit, je ressens encore les stigmates du froid, de la pluie incessante de la veille.  Mais pas le temps de se lamenter, que l’ambiance du dortoir est déjà envahie par une odeur de camphre. Ces arômes âcres et forts, me ramènent  à la réalité sportive de la journée. Les commentaires vont bon train sur le profil de cette deuxième journée, longue de 237 km, avec notamment l’ascension du Mont Salève. Ce "petit déjeuner Suisse " aux saveurs jurassiennes, nous amènera à  tangenter Genève et sa frontière.
                Allez Martial secoue toi ! Oublie la douceur de ton lit, car tu as encore ton vélo à réparer ! En effet, la chambre à air en latex de ma roue arrière, a rendu son dernier souffle devant les commissaires, torturée  par les kilomètres et dénivelés marqués de la première journée.

                Petit déjeuner avalé, sac déposé dans le fourgon de l’organisation, vélo remis en état, et me voilà dès 6h40 à dévaler les lacets vers Bonneville.  Déjà Christel, la photographe, est à pied d’œuvre. Armée de son argentique, elle mitraille, et le cliquetis de ses clichés, laisse entrevoir par alternance, un sourire des plus sympas, des plus motivants. Passionnée, elle nourrit avec fraîcheur " Le songe de son miroir …" (son site).

                Toujours en retard, à la recherche de mes compagnons de route de la veille, j’ai tout juste le temps d’apprécier la fraîcheur matinale  et les premiers signes météorologiques. Cette journée sera placée sous une tendance de traine active, avec au menu, des "rayons de soleil suisse " (timides et  très longs à venir…), de la pluie, du vent et des températures matinales de l’ordre de 6°c au sommet du Grand Piton (Mt Salève).  

                Il est 6h55 quand enfin je devine de l’arrière, les mollets carrés d’Alain, bien emmitouflés dans des bas de laine noire. La jonction est faite et cela me rassure d’autant, car la convivialité et l’esprit de cohésion sont toujours de mise chez les niçois. C’est bien comme cela ! Je débute sur les longs raids et ils me font comprendre qu’il n’ya aura pas de salades (niçoises…lol !) entre nous. La passion du vélo, l’esprit du challenge personnel, animeront dans la constance, nos tours de roues sur ce bitume détrempé.

                L’allure est raisonnable (28,5 km/h de moyenne.) et le premier tronçon, nous menant au pied de la première difficulté, est bien digéré. Je ne souffre pas de l’effort fourni hier. Super !

                Soudain, le craquement des dérailleurs encrassés de mes compères, cherchant le  "tout à gauche…", me fait comprendre que nous sommes déjà aux abords du massif des Bornes et Lémanique. La côte est là, se dressant avec des passages entre 9 et 11%. Ne voulant pas laisser ma part au chien, je décide de travailler pour le groupe, et donne un tempo de 10 à 11km/h dans le début de cette ascension. Didier, ayant échangé son rôle de St Bernard avec Henry, se voit rappelé au bon souvenir d’une lombalgie tenace. Je m’inquiète de son état de santé, mais coriace et habité par une volonté sans faille, il tient bon sur sa selle.

                Levant la tête vers le col du lieu dit de la Croisette (pas celle de Nice mais du Mt Salève), je comprends que nous allons être enveloppés au sommet par les nuages et une pluie glaciale, le tout animé par le dieu Eole, avec de bonnes giboulées cinglantes. Surpris par mon état de fraîcheur, je passe en tête au sommet et décide d’attendre mes camarades. Je profite de cette petite pause près de la voiture conduite par Henry, pour me restaurer. Je grelotte à nouveau, mes bras tremblent dans le froid et j’ai du mal à porter à ma bouche les quelques pattes de fruits, qui me seront des plus profitables.

                Regroupé sur le plateau à près de 1314 m, nous poursuivons vers la descente interminable nous menant vers Cruseilles. Fais gaffe Martial ! L’eau ruisselle à grand volume, la route est étroite, et les gravillons charriés par les torrents d’eau, appellent à la prudence. Le freinage est incertain pour ne pas dire inopérant. Ne sentant  plus mes doigts, observant mes mains blanchies et vieillies par l’eau froide, je regarde au loin, afin de me remonter le moral, en découvrant que notre tracé est éclairé par un soleil timoré. C’est toujours bon à prendre …

                La grisaille, l’humidité pénétrante, les températures basses sont vite oubliées, dès lors que nous filons vers Seyssel (km 108). Réchauffés  par les premiers rayons de  soleil de la matinée, nous composons avec un vent de face, bien alignés en file indienne, pour s’économiser. Que c’est bon de ressentir à nouveau ses jambes, d’apprécier la douceur des fonds de vallées. La température redevient acceptable, dès lors que nous sommes  aux abords des méandres du Rhône.

                12h30, en cadence nous filons en direction du lac de Chambéry. Dans ces contrées,  je me sens un peu chez moi dès lors que nous approchons du Lac de Lamartine, du village de Ruffieux, de Chanaz. Plus que 111 km, et mon pari sera tenu. J’ai du mal à y croire, tant je suis bien sur mon vélo. Le groupe, serein, enchaine ces parties plates du tracé, avec un rythme assez déconcertant, si l’on tient compte des efforts cumulés.

                 Je repense aux miens, à Arvicyclo, mon club … S’ils savaient combien il est jouissif d’entrevoir la réussite d’un tel marathon du vélo. Allez, il ne faut pas que je cède à la mélancolie, à l’émotion grandissante. Je me détourne donc vers mon Gps, vers mon road book, pour apprécier avec justesse que c’est loin d’être gagné. En effet, des 5078 m de dénivelé cumulé sur les deux journées, il manque encore un bon 1000m. A la lecture de la carte, je comprends que les petits reliefs à venir, que le col de Prémeyzel, marqueront encore mon organisme. Ne voulant penser aux cinq à six heures de selle restantes, je prends donc le temps de me délecter des paysages délicieux du département de l’Ain.

                Le dernier tiers du parcours, n’est qu’un enchaînement de bosses, que nous parcourons avec sagesse, pour ne pas accentuer les souffrances du fessier, des jambes, du dos …

                Vers 15h30, je devine enfin la campagne des Avenières, l’avant pays lyonnais. Je comprends qu’il ne me reste plus grand-chose, pour savourer cette réussite personnelle, aussi modeste soit elle.

                Il est 18h14, lorsque de front, la main dans la main, nous franchissons la ligne d’arrivée. Les derniers mètres sont riches d’émotion. Je remercie chaleureusement tout ce groupe que je ne connaissais  pas et qui a grandement contribué à la réussite de mon entreprise. Je prends sur moi, pour ne pas laisser échapper des larmes de joie, qui ne cesseront durant 10 mn, d’inonder mon regard.     

                Pour terminer, à la lecture de ce récit, les yeux encore trempés, je te dis à toi, Didier, Alain, Christian et Henry, MERCI, ce fût chouette !

Juste quelques chiffres:

Distance de la Lyon Mt Blanc Lyon: 470 kms

Dénivelé: 5078 m

Vitesse moyenne sur les deux jours: 22km/h

Temps de selle: 22h45

Martial.